Entre les usages professionnels et sociaux du mot terroir et les significations correspondantes, une grande diversité de représentations mentales du mot engendre une difficulté à le mobiliser chez les chercheurs et les formateurs. L’analyse transdisciplinaire proposée dans ce texte vise à mieux cerner sa compréhension et à identifier le potentiel de ce concept pour la recherche, le développement et la formation. Le concept de terroir a ainsi été caractérisé par une multiréférentialitée : d’une part un objet représentant un système productif et culturel local, d’autre part un projet d’une communauté dont les finalités et la dynamique sont empreints de subjectivité. Cette multiréférentialité donne au concept de terroir un potentiel pour (i) la médiation dans des projets de développement des territoires ruraux, et (ii) la formation interdisciplinaire des agronomes.
Dans le but d´élaborer une méthode simple d´analyse des représentations du paysage par des habitants, une expérience a été conduite dans la montagne thiernoise auprès de six élus locaux. Chacun a reçu un appareil photo jetable et une liste de questions concernant le paysage de sa commune qu´il devait illustrer par ses propres clichés. Un entretien individuel utilisant ces clichés comme support a ensuite permis de mieux cerner les différentes dimensions du paysage (intime, identitaire), les éléments jugés négativement et les tendances évolutives. Les réactions très positives à ce premier travail montrent que le paysage peut être un élément mobilisateur des élus locaux. Même si cette technique reste à améliorer, elle peut déjà aider des agents de terrain non spécialistes à mieux comprendre le poids des représentations paysagères dans les motivations et les actes des acteurs locaux pour lesquels ils travaillent.
Une expérimentation a été conduite en Artense auprès de cinq agriculteurs pour analyser les représentations qu’ils se faisaient de leurs paysages. Elle utilisait comme support d’entretien des blocs diagrammes paysagers résumant les paysages de cette région. L’emploi de ce document a facilité le dialogue avec les agriculteurs qui ont pu facilement localiser sur le dessin leur exploitation et leur parcellaire, décrire leurs pratiques de gestion qui affectent ces paysages et situer précisément là où celles-ci sont appliquées. En outre, ils ont pu beaucoup plus facilement que lors d’un entretien classique, définir dans le paysage dessiné ce qui leur paraissait le plus typique et auquel ils étaient attachés et préciser sur le dessin les éléments picturaux qui leurs paraissaient incongrus ou qui manquaient. Ces premiers résultats très positifs montrent que le bloc-diagramme constitue une représentation du paysage adaptée au mode de raisonnement de l’agriculteur. Son usage facilite le dialogue et aide à distinguer dans le comportement des agriculteurs ce qui découle de contraintes techniques du système d’exploitation de ce qui relève du domaine des motivations non marchandes (esthétique, identitaire...). Il permet d’envisager avec ces acteurs essentiels de la gestion du paysage des moyens d’action qui soient compatibles avec leurs contraintes et leurs motivations. Afin de rendre cette méthode utilisable par des agents de développement non spécialistes, il reste encore à élaborer des outils simples de production de ces blocs-diagrammes.
The tectono-volcanic ensemble of the Chaîne des Puys and the Limagne fault, which is part of the West European rift, was inscribed on the UNESCO World Heritage list in 2018 as the Chaîne des Puys–Limagne fault tectonic arena. This site includes (1) the western normal border fault of the graben (the Limagne fault), (2) the shoulder of the graben (the granitic Plateau des Dômes) on which lies a Quaternary volcanic alignment (the Chaîne des Puys), and (3) an inverted relief resulting from erosive action around a Pliocene volcanic lava flow (the Montagne de la Serre). It is shown that, when viewed in a global tectonic context, these structural and volcanic features can be described as a natural scale model, allowing everyone to understand the processes in operation at depth in a continental rift. The property is an inhabited environment that counts 30,000 inhabitants and traditional activities such as pastoral farming and agroforestry. Following its inscription on the World Heritage List, the challenge for the coming years is to coordinate conservation, sustainable development and international stature in the site.
1 January 2014 in Développement durable et territoires
La chaine des Puys compte un grand nombre de zones humides issues de l’activité volcanique (maars ou lacs de barrage volcanique) dont l’aspect actuel fait passer beaucoup d’entre elles pour « sauvages » auprès des visiteurs car elles ne sont plus entretenues. Pourtant, elles traduisent, par le paysage qu’elles offrent, aussi bien l’histoire géomorphologique que l’histoire des sociétés car elles sont le produit d’une longue évolution. À l’heure où le Conseil général du Puy-de-Dôme présente un dossier de candidature en vue d’un classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, cet article montre que reconstruire finement l’histoire de tels milieux peut aider les gestionnaires à penser leur politique de gestion non plus sous un angle conservatoire et strictement de protection mais dans une continuité avec la dynamique historique afin de mieux répondre à la fois aux exigences de l’UNESCO de préserver le site et aux demandes sociales locales de pouvoir maintenir voire développer leurs activités. De ce fait, le double caractère naturel et culturel de ces entités en fait un bon modèle pour intégrer dans le plan de gestion imposé par l’UNESCO des modalités qui concilient la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) du site fondée sur des critères esthétiques et géologiques et la valeur écologique et culturelle qui découle de la succession d’aménagements et d’abandons qui les ont affectées.
Le « verdissement » des espaces agricoles est, depuis quelques années, au cœur des débats sur l’aménagement des campagnes françaises. Sa mise en œuvre, nécessitant une concertation entre les multiples gestionnaires des territoires ruraux (agriculteurs, conseillers, chercheurs, élus), pose l’épineuse question de l’accès à la décision. C’est en analysant deux projets de recherche-développement − axés autour du développement de la (bio-)diversité des prairies en Auvergne et ayant mis en œuvre des rencontres entre des chercheurs et des éleveurs − que la « fleur » a émergé en tant qu’objet facilitant l’expression des savoirs scientifiques et empiriques et les stratégies d’accès au territoire. Grâce à ce point de rencontre, nous avons pu à la fois accéder aux relations qu’entretiennent ces acteurs avec leur environnement écologique et sociétal et instaurer un dialogue entre nous qui nous a permis de mieux cerner la façon dont nous construisions nos objets de recherche. Pour qu’un dialogue s’instaure entre chercheurs agronomes ou agro-écologues et agriculteurs, il s’avère nécessaire de préciser de quoi chacun parle, en référence aux pratiques et aux lieux, en dehors de tout cadre normatif préétabli ou de jugement de valeur a priori ; c’est le rôle qu’a joué l’objet « fleur » dans notre recherche.