Nanovecteurs polymériques pour la co-administration pulmonaire de médicaments antituberculeux: La tuberculose (TB) demeure l'une des principales causes de mortalité infectieuse dans le monde, aggravée par l'émergence de souches résistantes. Les médicaments utilisés contre la TB résistante présentent souvent une solubilité limitée et une toxicité non négligeable, tandis que les schémas thérapeutiques actuels souffrent d'une faible biodisponibilité pulmonaire, d'effets secondaires systémiques et de durées de traitement excessives. Ces limitations soulignent la nécessité de stratégies innovantes d'administration permettant d'améliorer l'efficacité thérapeutique au site de l'infection. Cette thèse porte sur le développement de nanoparticules (NPs) polymériques comme vecteurs avancés pour l'administration pulmonaire d'antituberculeux, avec un intérêt particulier pour le régime BPaL, association récemment approuvée contre la TB pharmacorésistante, comprenant la bédaquiline (BDQ), le prétomanide (PMD) et le linézolide (LZD). Le travail débute par une revue bibliographique traitant des contraintes biologiques du traitement, de la justification des systèmes nanovectoriels pulmonaires, et de l'état de l'art des systèmes polymériques et stratégies multimédicamenteuses.L'étude s'oriente ensuite vers une première classe de nanoparticules vectrices. Les NP chargées en BDQ ont montré une efficacité d'encapsulation élevée et une libération dépendante du milieu. L'administration intranasale chez la souris a réduit la charge bactérienne pulmonaire d'environ 100 fois, en limitant l'exposition systémique. Les macrophages infectés ont accumulé environ trois fois plus de BDQ que les cellules non infectées, démontrant la capacité de ces NP à concentrer sélectivement le médicament au site infectieux, une caractéristique générale des interactions NP-cellules lors de l'infection, indépendamment des propriétés des particules, du type cellulaire ou du modèle pathogène.L'attention se porte ensuite sur une seconde classe de vecteurs combinant capacité d'encapsulation et propriétés antibactériennes intrinsèques. Ces vecteurs ont été fractionnés en populations de masses moléculaires distinctes afin d'étudier l'influence de l'architecture moléculaire sur les interactions médicament-vecteur. Des analyses par RMN avancée, complétées par docking moléculaire, dynamique moléculaire et calculs thermodynamiques, ont révélé que des unités structurales spécifiques forment des complexes d'inclusion avec le LZD, ce dernier pouvant également être accueilli dans des microdomaines du vecteur. Des études in vitro ont démontré que la fraction de faible masse moléculaire possède une activité antibactérienne intrinsèque contre M. tuberculosis, la désignant comme candidat le plus prometteur.La dernière étape intègre les deux systèmes vecteurs dans une stratégie combinée, présentant des NP hybrides co-chargées avec l'ensemble du régime BPaL. Chaque médicament a été associé au système vecteur le plus adapté, et les formulations ont été évaluées en termes d'efficacité d'encapsulation, propriétés physicochimiques, capacité de solubilisation et libération in vitro. Des études de stabilité et analyses pharmacocinétiques préliminaires chez la souris ont montré que le système restait stable, était bien toléré et atteignait des niveaux élevés d'accumulation pulmonaire. Ces résultats positionnent les nanovecteurs polymériques comme plateforme de nouvelle génération pour l'administration pulmonaire de régimes multimédicamenteux contre la TB.