Les ressources hydriques du bassin versant carbonaté du Sebou, situé en zone semi-aride (Nord-Ouest du Maroc) et représentant 1/3 des ressources en eaux de surface du Maroc, sont de plus en plus menacées par la dégradation de leur qualité en rapport avec la forte pression anthropique, les changements climatiques et les aménagements hydrauliques. Nos recherches menées sur ce bassin ont consisté à déterminer l’origine, le comportement et le devenir des éléments traces métallique (ETM) dans les eaux et les sédiments du Sebou, et à quantifier les flux dissous et solides exportés à l’aval du système fluvial. Un suivi spatial des eaux et des sédiments au niveau de 10 stations a été réalisé, sous différentes conditions hydrologiques, ainsi qu’un suivi hebdomadaire à la station exutoire durant une année hydrologique. Le pH, CE et T ont été mesurés in situ, et les échantillons d’eaux et de sédiments ont été analysés pour déterminer la composition chimique des éléments majeurs et ETM (As, Cd, Co, Cr, Cu, Ni, Pb, Zn, terres rares (REE)), ainsi que la granulométrique et la teneur en carbone organique particulaire des sédiments. Des extractions à l’EDTA et l’HCl ont été réalisées sur les sédiments en vue de déterminer la fraction labile des ETM. Les eaux de surface du bassin sont caractérisées par un fort pouvoir tampon et un pH alcalin et une CE élevée mais variable selon l’influence de l’altération des carbonates. La composition chimique des eaux est généralement dominée par Cl et Na, avec un faciès géochimique qui varie d’une station à l’autre en fonction de la nature lithologique dominante. La contamination anthropique en ETM du compartiment sédimentaire, leurs disponibilités et leurs facteurs de contrôle, ont été évalués à l’aide d’une combinaison d’indices géochimiques et d’analyses statistiques multifactorielles. Dans l’ensemble des stations considérées, la contamination est relativement modérée pour l’ensemble des ETM, excepté pour certains métaux (Cr, Zn, Cu, Pb) qui sont plus enrichis au niveau de la zone de Fès. Les ETM d’origine naturelle comme As sont liés aux carbonates, ou comme Co et Ni, aux argiles, aux oxydes de Fe et aux apports évaporitiques. Les éléments partiellement d’origine anthropique (Cd, Cu, Cr, Pb, Zn) sont liés au P, aux oxydes, et/ou au COP, révélant leur source anthropique et/ou leur contrôle par les composantes des sédiments. Les concentrations totales en REE des sédiments les plus élevées sont observées à l’aval des barrages, ainsi que dans les régions très influencées par les apports évaporitiques. Le profil de distribution des REE normalisé par rapport aux roches du Sebou indique un léger enrichissement en LREE par rapport aux HREE, et présente un profil de distribution des REE non uniforme selon les stations, et plus ou moins aplatie, avec une anomalie positive en Ce. Les REE sont principalement d’origine naturelle et leur fractionnement est contrôlé par la taille et la nature des minéraux des particules. Les LREE ont une affinité pour la fraction très fine et sont contrôlées par les oxydes de Fe et d’Al, alors que les HREE sont préférentiellement liées à la silice et aux limons grossiers. Le cadmium, Cu et Pb sont les métaux des sédiments les plus extractibles à l’EDTA. Pour les REE, ce sont les MREE qui sont les plus extractibles et les proportions en REE labiles varient d’une station à l’autre en fonction de la teneur en COP des sédiments. Le suivi temporel des eaux à la station exutoire a montré une contribution plus importante en période de basses eaux des eaux drainant les formations évaporitiques et des eaux de nappe (notamment en l’absence des lâchers de barrages), alors qu’en hautes eaux, ce sont plutôt les minéraux carbonatés qui influencent le plus la composition des eaux en éléments dissous. Pour la période 2018-2019 les flux de matières solides à l’exutoire du Sebou ont été divisés par 3 et les exportations d’éléments majeurs ont diminué de 72% par rapport au cycle hydrologique 1997-1998.