La métaphore de la biodiversité représentée comme un flux de services marchands pour le bien-être de l'humanité s'impose aujourd'hui dans les discours des organisations internationales, relayée par les scientifiques et les acteurs du développement. Elle permettrait de rémunérer directement la production de services, de créer des marchés de droits, d'utiliser des outils économiques, contribuant ainsi à la conservation des écosystèmes. L'article de Philippe Méral permet de comprendre comment s'est imposée la notion de service écosystémique, au gré des productions scientifiques et des recommandations politiques. Pour NSS, cet article fait suite aux questions posées par Jean-Michel Salles (NSS, 18, 4 [2010]) sur la signification de l'évaluation économique de la biodiversité et des services écosystémiques. Il est à rapprocher de celui d'Harold Levrel et de son équipe publié dans ce même numéro. La Rédaction Résumé-Cet article vise à retracer la genèse de la notion de service écosystémique, écologique ou environnemental en privilégiant le champ de l'économie. Nous identifions trois périodes : une période d'émergence, qui commence au début des années 1970 concomitamment à celle de la problématique environnementale au niveau international ; puis, à partir de 1997, une période dite de médiatisation, qui débute par la parution de l'article de Costanza et al. (1997) et se termine par la publication des travaux du Millennium Ecosystem Assessment ; enfin, ce que nous appelons « le temps de la politique », favorisé par une tendance à la mise à l'agenda politique qui semble se dessiner à partir du milieu des années 2000. Celui-ci se décline aujourd'hui autour de plusieurs axes : l'évaluation monétaire des services écosystémiques, son introduction dans les politiques agricoles et environnementales et les paiements pour services environnementaux.
Cet article replace le concept montant de « service écosystémique » (SE) dans l’histoire occidentale, en mettant en évidence les permanences, oppositions et ruptures qui ont accompagné la genèse de ce concept ou de ses équivalents anciens. Une nature bienveillante, l’existence de « bienfaits », « services » et « utilités » furent des idées régulièrement mises en avant, mais pour des raisons différentes d’aujourd’hui, depuis les philosophes de l’Antiquité, les naturalistes de l’Ancien Régime, les poètes romantiques, les ingénieurs à la recherche de crédits ou de lois incitatives pour le reboisement, et désormais, l’écologie scientifique. L’étude s’appuie sur le cas de la forêt, le plus évoqué en parlant de SE. La discussion aborde certaines propriétés de ce concept, que son histoire peut expliquer, notamment ses ambigüités, ses mutations et sa dissymétrie, mais aussi les contradictions qui naissent de son usage dans des dispositifs locaux.
La référence au « développement durable » est désormais incontournable dans les discours qui entendent traiter de l’environnement et du développement. La définition du « développement durable » la plus connue est celle qui figure dans le rapport Brundtland (CMED, 1987 : 47) : « Le développement durable, c’est s’efforcer de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire ceux des générations futures. » À côté de cette définition « méthodologique » est posée une définition en termes d’objet, déclinée selon les trois dimensions du social, de l’économique et de l’environnemental1. Alors que la première définition est susceptible d’englober toute réflexion sur l’intergénérationnel sous le seul angle de l’environnement, la deuxième précise utilement la multi-dimensionnalité de la notion de développement durable. Cette problématique se doit de susciter analyses et discussions quant à la nature même du développement économique, ainsi qu’aux conditions...
Depuis le milieu des années 1990, la notion de services écosystémiques a connu une popularité croissante tant académique qu’opérationnelle. L’objectif de cet article est d’en analyser les différentes significations dans le champ disciplinaire de l’économie. Dans ce cadre, il est important de revenir sur la généalogie du terme de services écosystémiques pour proposer par la suite une typologie qui les traitent sous l’angle, soit des externalités, soit des prestations de services, soit de services intégrés à un produit de consommation faisant l’objet d’un échange marchand. Sur la base de la typologie que nous avons élaborée, nous analysons de manière critique plusieurs instruments de régulation des services concernés.
Since the mid-1990s, the concept of ecosystem services has become increasingly popular in academic circles and among decision-makers. Because of its inclusive character, this concept has given rise to different interpretations in economics. Since its inception, it has been associated with the development of market-based instruments (MBIs) in conservation policies. From this perspective, the sustainable provision of ecosystem services is hindered by market failures (e.g., public good attributes, externalities) and prices that do not capture the full value of the natural assets. MBIs are therefore recommended. According to their promoters, they provide powerful incentives to conserve the environment while at the same time offering new sources of income to support rural livelihoods. Our paper contends that different economic narratives, and associated representations of the market failure at stake with the provision of ecosystem services, may support different policy instruments that are all coined as MBIs. As an illustration, we analyze the economic discourse underlying payments for ecosystem services and eco-labels, and we underline the variety of institutional forms to which they give rise in order to emphasize the differences between discourse and practice.
Dans la nébuleuse d’acteurs et de processus liés à la gouvernance des aires protégées, il est une place particulière pour les aires marines protégées (AMP). Selon la définition usuelle de l’UICN, les AMP ne concerneraient que le milieu marin1. Nous intégrons à cette catégorie les aires protégées marines et côtières (APMC), qui englobent à la fois des composantes marines et terrestres. Depuis une trentaine d’années, le nombre des aires marines protégées croît rapidement dans la zone intertropicale, où les enjeux de conservation de la biodiversité marine sont encore plus aigus qu’ailleurs. De 118 en 1970, il passe à 319 en 1980 (Silva et al., 1986), pour atteindre plus de 1 300 en 1995 (Kelleher et al., 1995), dont 400 concernent les seuls récifs coralliens (Salvat et al., 2002). En 2003, lors du Congrès mondial des parcs organisé à Durban par l’UICN, l’objectif de classement de 20 % des eaux marines mondiales en AMP d’ici 20 à 30 ans a été retenu. Les États insulaires sont très impliq...